samedi 26 novembre 2011

Cabinet portrait, Jean Luc Benoziglio


Je l’ai enfin fini !
Et quelle réussite !
Jean-Luc Bénoziglio mêle avec un certain talent – ou un talent certain – culture gé, histoire, recherche de ses racines, paysages de guerre, maladie, huis clos et bouffées d’air pur. Le tout sur fond de vie quotidienne d’un quadra bien de notre époque en mal de fric et d’amour.

On passe du rire à la tristesse en quelques minutes, idem pour le détachement et la compassion.

L'auteur, Vincent Ravalec


Joli exercice de style que celui de Vincent Ravalec.
L’ex vainqueur du prix de Flore nous raconte son quotidien d’écrivain bien loin de l’angoisse de la page blanche et de « l’œuvre ». Il nous entraîne dans les soirées mondaines, sur les plateaux TV mais aussi dans des festivals littéraires bien pourris où il se retrouve logé dans une maison de retraite, aux confins des maisons d’édition et jusque dans les discussions entre auteurs toute plus médisants et nombrilistes les uns que les autres… Un vrai régal, très facile à lire.


Ed Le Dilettante
1995

Les intellectuels faussaires, Pascal Bniface


Je viens de terminer ce bouquin de Pascal Boniface.
Intéressant quand on a vécu plusieurs années à l’étranger et qu’on veut savoir qui devient qui sur la petite scène médiatique.
Dommage que le ton soit si pédant et mièvre.
L’idée de départ est bonne, remettre les points sur les i, mettre ces (pseudo)intellectuels face à leurs contradictions, nous apprendre que non, untel ou tel autre ne soutenaient pas les mêmes points de vue il y  quelques temps, etc…
C’est le style d’écriture, parfois revanchard, parfois empli de jalousie, qui vient tout gâcher et rendre ce bouquin quelque peu insipide.

JC GAWSEWITCH EDITEUR
(mai 2011)

lundi 21 novembre 2011

Journal d'un tueur sentimental, Luis Sepulveda



Luis Sepulveda tient le journal intime d’un tueur à gages blackboulé de Madrid à Istamboul en passant par Francfort à la poursuite d’une cible. Son esprit est aussi tortueux que son parcours puisqu’il viole la règle numéro des tueurs, ne pas tomber amoureux. Lui vit en couple. Seulement son amour le quitte et il y pense, il la pardonne et la trompe entre deux verres de gin… Il pense aussi à ses anciennes victimes en même temps que ce polar gentillet éveille notre curiosité.
Malgré une fin quelque peu convenue, ce polar qui se lit très vite mérite d’être ouvert.

Avant que le millenaire nous sépare, Montalban


Un petit livre pas dégueulasse bien que pas transcendant non plus...
Il faut dire que j'ai commencé par un des derniers livres de la série sur les Pepe Carvalho puisque l'auteur lui donne la mort dans ce bouquin.
Ecrit comme un monologue théâtral, le livre met donc en avant ce héro dans sa cuisine qui se révolte contre l'auteur, réfléchit sur le monde, la vie, les gens, la vie d'auteur, son personnage à travers les bouquins... on y voit aussi le travail de Montalban, sa manière de retravailer le personnage au fil des histoires, lui faire faire des rencontres filées, etc...
Intéressant, donc, si vous vous intéressez à l'écriture.


Christian Bourgois Editeur
1999

Une sale histoire, Luis Sepulveda


"Une sale histoire" est une suite de billets d’humeur qui couvre la période janvier 2002-janvier 2004. Un passage au crible de cette époque trouble où l’on a vu justifier l’injustifiable, où la mollesse des nations a permis à un texan non-élu de mettre une partie de la planète à feu et à sang en toute "légitimité victimaire".
Ca, c’est de Sepulveda et pour vous mettre dans l’ambiance.
Son histoire, ses engagements, ses attaches, ses amitiés, ses chagrins liés à la politique ou à la mort de ses amis, comme Montalban, on retrouve un peu tout ce qui fait Sepulveda dans ce bouquin. Mieux, il arrive à décrire avec humour certaines scènes qui ont marqué la géopolitique récente comme par exemple, la manière dont été accueillis les Espagnols, et expulsés rapidement, lors du G8 de Gênes…
Et tout ça sous forme de petits billets notés dans un carnet Moleskine.
Ne vous fiez pas au titre, c’est tout bonnement un exercice de style époustouflant ! Je suis tombée dessus par hasard en cherchant Selby et je suis bien contente du voyage !

Lunar Park, Bret Easton Ellis


Ca y est, encore une claque ! Même dans 30 ans, je n’écrirai pas comme ça !
Lunar Park est tout simplement prenant, passionnant. Ellis est un précurseur puisque, en 2005, il se lance dans l’auto-fiction… et avec succès ! . Salué par la critique, il a été élu meilleur roman de l'année 2005 par la rédaction du magazine Lire.
Il commence comme une autobiographie toute simple où l’auteur nous raconte son adolescence alors que le succès lui tombait dessus.
Ses amis de fac découvrent des drogues ou sortent avec des filles, lui a déjà un appartement gigantesque et y donne des fêtes non stop entouré de stars : des soirées de débauche à la « sex, drugs and Rock’n’Roll. » Il en tombe quelques une au passage. On retrouve ici l’esprit d’American Psycho, les lieux qu’il faisait fréquenter à Patrick Bateman à l’instar du Nell’s, l’immeuble habité par Tom Cruise et tout l’univers ses nouveaux riches américains de la fin des années 1980.

Puis Ellis se présente comme celui qui construit une famille. Au bord du gouffre, il rejoint son ex avec qui il a eu un enfant âgé de 11 ans… et c’est là que els ennuis commencent !
Disparitions d’enfants dans le quartier, phénomène paranormaux dans sa maison, Il croit au fantôme de son père puis à l’incarnation en chair et en os de Patrick Bateman.
Chaque chapitre, écrit à la manière d’un journal, est truffé de rebondissements mais aussi de questions. Plus on avance dans l’histoire et plus la conclusion a l’air floue. Du coup, on a envie de tout sauf de le lâcher !
Il sombre aussi peu à peu dans l’alcool et la drogue. Chez le lecteur, les questions fusent. Est-ce lui qui commet tous ces meurtres sous l’emprise de psychotropes ? La réincarnation est-elle bien réelle ? Va-t-il sauver son fils ?
Au delà du thriller haletant, Lunar Park est aussi un vrai bouquin de dénonciation sociale face aux pratiques des néo-bourgeois, voire de la société américaine en général.
Les enfants y sont gavés de cachets pour les rendre plus performants, moins dépressifs et les RDV chez le médecin et la prise en charge par les nounous remplacent les sorties familiales. Les barres de céréales allégées remplacent les soupes de légume. Les écoles privées veulent fabriquer des mômes au cerveau décuplé et de très loin en avance sur la génération antérieure. Les couples habitent de jolies maisons avec piscine mais chacun regarde chez l’autre, ou du moins a la possibilité de le faire.
C’est une famille américaine de base dans cette Amérique de la consommation, cf. la scène du cinéma ou celle de la voiture, que Bret Easton Ellis nous dépeint dans Lunar Park, un thriller qui prend aux tripes.

Robert Laffont
2005